21.2 C
Genève
lundi, avril 15, 2024

Direction de l’OIM : Victoire de l’américaine par KO

Lundi 15 mai, les 175 membres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) se sont réunis en session extraordinaire en vue de l’élection du Directeur général. Deux candidats étaient en lice, le portugais António Vitorino, actuel Directeur général et son adjointe, l’américaine Amy E. Pope. À la suite d’un premier tour mené par l’américaine, le Portugal a décidé de retirer la candidature de son ressortissant. Amy Pope devient ainsi la première femme à diriger l’agence des Nations Unies en charge des migrations. Elle prendra ses fonctions le 1er octobre pour une durée de cinq ans.

La course pour un second mandat à la direction de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) était censée être gagnée d’avance pour António Vitorino qui était entré en fonctions le 1er octobre 2018, mais l’administration Biden en a décidé autrement. Il a visiblement été décidé en haut lieu de reconquérir un poste qui, durant des décennies, revenait d’office aux Etats-Unis. C’est ainsi, au grand dam de nombreux pays européens, la candidature de l’américaine Amy Pope, actuelle adjointe du directeur général, chargée de la réforme et de la gestion a été présentée. La campagne de lobbying s’est déroulée sur une série de promesses et d’utilisation de moyens peu orthodoxes, de part et d’autre, pour convaincre les pays de voter en faveur d’un candidat plutôt que l’autre.

Direction traditionnellement américaine

Depuis sa création en 1951 jusqu’en 2018, l’OIM a pratiquement toujours été dirigée par un ressortissant américain (huit sur dix). En 2018, António Vitorino, juriste expérimenté, ancien commissaire européen et vice-premier ministre portugais, a été élu face à Ken Isaacs, candidat très controversé soutenu par Donald Trump. Deux ans avant cette élection, l’OIM a rejoint le système des Nations Unies. L’organisation compte près de 19.000 employés qui travaillent dans 171 pays pour promouvoir une migration « humaine et ordonnée ». Dotée d’une structure très décentralisée, elle fournit de l’aide aux personnes fuyant les conflits et aide les migrants « en déplacement », comme le décrit le Pacte mondial sur les migrations des Nations Unies de 2018. L’agence collecte et partage aussi de grandes quantités de données sur les flux de personnes avec les gouvernements, et les conseille sur les décisions politiques à prendre.

Ami du chef de l’ONU

Le candidat sortant, ancien ministre portugais, Antonio Vitorino, âgé de 66 ans, fait partie du cercle des intimes d’Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies. Ses partisans lui reconnaissent le mérite d’avoir fait davantage pour embaucher et promouvoir les femmes au sein de l’OIM, d’avoir amélioré le dialogue avec les pays africains et d’avoir contribué à attirer des contributions qui ont permis au budget d’augmenter de près de 20 % entre 2019 et 2021, et ainsi atteindre 2,5 milliards de dollars. Les effectifs ont augmenté de près de 40 % entre 2019 et 2022. En revanche, il était souvent critiqué pour son côté « vieux jeu », renfermé et par son manque d’interactions avec la presse.

Candidate américaine de poids

La décision de Washington d’entrer dans la course à la direction de l’OIM a été soigneusement coordonnée au plus haut niveau de l’administration américaine. Amy Pope, âgée de 49 ans, était, jusqu’à récemment, conseillère pour les migrations auprès du Président Biden. Elle l’était également en matière de sécurité intérieure au sein du Conseil de sécurité nationale de Barack Obama. Avocate de formation, elle a rejoint l’OIM en 2021. Son rôle dans l’adoption d’une réforme budgétaire qui a permis d’obtenir un engagement de 75 millions de dollars de la part des gouvernements afin d’améliorer l’exécution des tâches sur le terrain et la gestion des risques a été vanté par ses partisans. Ils affirment que d’autres changements sont nécessaires pour aider l’OIM à s’adapter aux défis croissants de la migration et à diversifier les sources de financement. L’année dernière, Washington avait facilement obtenu l’élection de Doreen Bogdan-Martin Secrétaire générale de l’Union internationale des télécommunications (UIT), face à un Russe qui n’avait pas beaucoup de chances après le début du conflit en l’Ukraine. A l’époque, la candidate avait pu compter sur le soutien du Président américain, Joe Biden, et du Secrétaire d’Etat, Antony Blinken, tout comme Amy Pope.

Election à un seul tour

La majorité des deux tiers (110 voix) du Conseil était nécessaire pour obtenir la victoire. A l’issu du premier tour, les votes exprimés par 165 Etats- membres permettaient à Amy Pope de mener 98 à 67 voix, en faveur du DG sortant. Deux heures après l’annonce de ce résultat, coup de théâtre : le Portugal annonçait le retrait de la candidature d’Antonio Vitorino. C’est ainsi qu’Amy Pope devient la première femme à diriger l’Organisation Internationale pour les Migrations. Elle prendra ses fonctions le 1er octobre pour un mandat de cinq ans.